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Archétype

Mis à jour le 13 janvier 2015

Description

  • Carl Gustav Jung, Von den Wurzeln des Bewußtseins (1954) ; traduit de l’allemand par Yves Le Lay : Les Racines de la conscience. Étude sur l’archétype, Genève, Buchet/Chastel, 1971
  • Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l'imaginaire : introduction à l'archétypologie générale, Paris, PUF, 1960, 1969


Carl Gustav JUNG, Von den Wurzeln des Bewußtseins (1954) ; traduit de l’allemand par Yves Le Lay : Les Racines de la conscience. Étude sur l’archétype, Genève, Buchet/Chastel, 1971, p. 16 et 18.

« L'archétype est en lui-même un élément vide, formel, qui n'est rien d'autre qu'une facultas praeformandis, une possibilité donnée a priori de la forme de représentation. Ce qui est transmis par hérédité, ce ne sont pas les représentations, mais les formes, qui, à cet égard, correspondent rigoureusement aux instincts, également déterminés de façon formelle. Pas plus que l'existence de l'archétype en soi, celle des instincts ne peut être prouvée tant qu'elle n'est pas réalisée in concreto. En ce qui concerne la détermination de la forme, la comparaison avec la formation cristalline est éclairante, étant donné que le système axial détermine seulement la structure stéréométrique, mais non la forme concrète du cristal individuel. Celui-ci peut être grand ou petit, et il peut varier suivant les formes diverses que prennent ses faces ou suivant la croissance d'autres cristaux à ses côtés et leurs interpénétrations. Il n’y a de constant que le système axial dans ses proportions géométriques en principe invariables. Ceci vaut également pour l'archétype: il peut en principe recevoir un nom et possède un noyau invariable de signification, par lequel son mode de manifestation est toujours déterminé en principe mais jamais concrètement. » (p. 18)

« Un autre mode d'expression, bien connu, de l'archétype se rencontre dans le mythe et le conte. Mais, ici encore, il s'agit de formes ayant reçu une empreinte spécifique, transmise à travers de longues périodes de temps. La notion d'archétype ne convient donc qu'indirectement aux représentations collectives, car elle ne désigne que les contenus psychiques qui n'ont pas encore été soumis à une élaboration consciente, donc une donnée psychique encore immédiate. En conséquence, l'archétype diffère sensiblement de la formule qui a subi une évolution ou une élaboration historique. À des degrés supérieurs, des doctrines secrètes notamment, les archétypes apparaissent en une formulation qui révèle en général de façon indiscutable l'action de jugement et d'appréciation exercée par l'élaboration consciente. Par contre, leur apparition immédiate telle qu'elle se manifeste à nous dans les rêves et les visions est beaucoup plus individuelle, plus incompréhensible ou plus naïve que, par exemple, dans le mythe. L'archétype représente essentiellement un contenu inconscient modifié en devenant conscient et perçu, et cela dans le sens de la conscience individuelle où il émerge. » (p. 16)

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Gilbert DURAND, Les Structures anthropologiques de l'imaginaire : introduction à l'archétypologie générale, Paris, PUF, 1960, 1969, p. 53-54.

« Les gestes différenciés en schèmes vont au contact de l'environnement naturel et social déterminer les grands archétypes, tels à peu près que Jung les a définis. Les archétypes constituent les substantifications des schèmes. […] Bien loin de primer l'image, l'idée ne serait que l'engagement pragmatique de l'archétype imaginaire, dans un contexte historique et épistémologique donné […]. Ce qui serait donc donné "ante rem" dans l'idée ce serait son moule affectivo-représentatif, son motif archétypal ; c'est ce qui explique également que les rationalismes et les démarches pragmatiques des sciences ne se débarrassent jamais complètement du halo imaginaire, et que tout rationalisme, tout système de raisons porte en lui ses fantasmes propres.
[…]
Il y a une grande stabilité des archétypes. C'est ainsi qu'aux schèmes de l'ascension correspondent immuablement les archétypes du sommet, du chef, du luminaire, tandis que les schèmes diaïrétiques se substantifient en constantes archétypales telles que le glaive, le rituel baptismal, etc., le schème de la descente donnera l'archétype du creux, de la nuit, du "Gulliver", etc., et le schème du blottissement provoquera tous les archétypes du giron et de l'intimité. Ce qui différencie précisément l'archétype du simple symbole, c'est généralement son manque d'ambivalence, son universalité constante et son adéquation au schème : la roue, par exemple, est le grand archétype du schème cyclique, car on ne voit pas quelle autre signification imaginaire on pourrait lui donner, tandis que le serpent n'est que le symbole du cycle, symbole fort polyvalent comme nous le verrons.
C'est qu'en effet les archétypes se lient à des images très différenciées par les cultures et dans lesquelles plusieurs schèmes viennent s'imbriquer. On se trouve alors en présence du symbole au sens strict, symboles qui revêtent d'autant plus d'importance qu’ils sont riches de sens différents. »

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